« J’ai lu le résumé »
Publié le 29 octobre 2025 par ΚύωνParmi les épreuves de concours pour accéder en école d’ingénieur, il existe une épreuve de Français intitulée « le résumé de texte ». Pour ceux qui ne connaissent pas, le principe est plutôt simple :
On vous donne un texte de plusieurs pages. Et un nombre de mots. Généralement cent. Le candidat doit écrire un résumé du texte dans le nombre de mots indiqué, plus ou moins 10 %, en évitant au maximum toute perte d’information et en respectant au mieux le style d’origine.
Toute personne s’étant déjà entraîné à ce type d’épreuve se heurte vite à un constat assez évident : la difficulté est directement corrélée à la qualité du texte.
En effet, il n’y a aucune complexité à réduire un texte qui parle pour ne rien dire. Il suffit de retirer tout ce qui ne sert à rien ou qui se répète. Et en général il en reste encore plus que nécessaire. Il est en revanche impossible de compresser sans perte un texte concis, élégant, allant droit au but et riche en information. Quand chaque phrase apporte un élément au texte, quand chaque adjectif apporte de la précision au sens de la phrase, chaque incise permet d’éviter un contresens ou une généralisation abusive, chaque métaphore apporte à l’ambiance du sujet, chaque allitération au rythme du texte, il n’est plus possible de se contenter d’un simple élagage. Il faut reformuler et recombiner toutes les phrases, et hiérarchisant entre ce qui est absolument nécessaire et ce qu’il faudra se résoudre à supprimer.
La plupart des gens qui me dise « avoir lu le résumé » d’un texte semblent penser que lire le résumé permets d’accéder aux informations du texte sans avoir à prendre le temps de le lire. Je ne dis pas que ce n’est jamais pertinent. Mais si c’est pertinent, cela signifie que le texte complet ne l’est pas. Si vous pouvez compresser un texte de 90 % sans perte, c’est qu’il y a au doigt mouillé 50 à 100 % du texte qui ne sert à rien. Dans ce cas, ce n’est pas un résumé, c’est un filtre. Réciproquement, si le résumé était suffisant pour restituer l’intégralité d’un texte, l’auteur ne se serait pas emmerdé à écrire le texte entier.
Si vous utilisez un LLM pour résumer un email, il n’y a que deux possibilités. Soit vous vous fichez pas mal du contenu de l’email. Soit la personne qui vous l’a envoyé avait du temps à perdre à écrire des trucs sans intérêt. Je cite l’exemple des LLM parce que le résumé de texte est un exercice dans lequel ces algorithmes excellent particulièrement, mais le phénomène n’est pas nouveau pour autant. Lorsque j’étais au lycée, certains élèves de ma classe m’expliquaient déjà que pour éviter d’avoir à lire un roman en entier, ils en cherchaient le résumé sur internet.
Lire le résumé d’un roman ? Vraiment ?
Quel intérêt ?
En fait cette utilisation du résumé pour compenser les faiblesses d’un texte qui mériterait simplement d’être effacé et réécrit et devenu tellement courante qu’il semble que tout le monde se soit mis à considérer que c’est sa fonction première. D’où un certain nombre d’usages peu pertinent des LLM. Pourtant, il ne s’agit que d’un détournement. La fonction première du résumé, ce n’est pas d’éviter systématiquement d’avoir à lire le texte en entier. C’est de permettre à un éventuel lecteur de savoir le texte vaut le coup d’être lu en entier.
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